Prestations sociales : les fraudes explosent, un montant record détecté par la CAF

En 2024, les fraudes aux prestations sociales ont atteint un niveau inédit, avec 450 millions d’euros détectés par la CAF.

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CAF : cette réforme discrète va réduire la majoration des allocations pour certains parents dès mars 2026 - Crédit : MEHDI FEDOUACH / AFP | Econostrum.info

En France, la fraude aux prestations sociales pèse lourdement sur les finances publiques. Sa progression ces dernières années a conduit les autorités compétentes à lancer un signal d’alerte, face à l’ampleur croissante du phénomène.

En 2024, les caisses d’allocations familiales (CAF) ont détecté 450 millions d’euros de fraudes, selon une déclaration du président de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), Nicolas Grivel, dans une interview publiée ce dimanche 4 mai par nos confrères de La Tribune Dimanche. Ce chiffre marque un record absolu, en hausse de 20 % par rapport à 2023. Cette progression est le fruit d’un renforcement des contrôles et d’une évolution des outils de surveillance déployés par l’organisme.

Des contrôles massifs et un travail de fond de la CAF

Ce bond s’explique en grande partie par les 30 millions de vérifications réalisées en 2024. Ces contrôles sont facilités par le croisement des fichiers de la CAF avec ceux d’autres administrations comme France Travail, les Urssaf, ou encore les services fiscaux. L’objectif est d’identifier plus rapidement les incohérences entre les déclarations des bénéficiaires et leur situation réelle. Pour cela, la Cnaf s’appuie sur une équipe dédiée, composée d’anciens banquiers, gendarmes, analystes et ingénieurs, qui collaborent désormais plus directement avec les parquets et la justice.

Si la fraude individuelle reste présente – notamment les déclarations incomplètes ou inexactes de revenus dans le but de toucher davantage de prestations –, les autorités observent une professionnalisation croissante des pratiques frauduleuses. De véritables réseaux structurés agissent désormais, usurpant des identités, piratant des comptes bancaires et opérant parfois depuis l’étranger. Ces groupes sophistiqués rendent plus difficile la traçabilité des opérations et, surtout, la récupération des sommes détournées. Dans les cas individuels, la CAF parvient à recouvrer environ 80 % des montants par déductions sur les versements futurs. En revanche, les fraudeurs organisés disparaissent souvent avant toute récupération.

Une priorité pour le gouvernement dans un contexte budgétaire tendu

Cette intensification de la lutte contre la fraude s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement, qui cherche à réduire son déficit et à trouver 40 milliards d’euros pour équilibrer le budget 2026. Bien que la fraude sociale soit estimée à environ 12 milliards d’euros par an, elle reste loin derrière la fraude fiscale, chiffrée à 100 milliards, comme le rappelle Nicolas Grivel. Néanmoins, le signal politique est clair : aucune forme d’abus ne sera tolérée. La priorité est de préserver la confiance dans le système de solidarité, tout en garantissant que les allocations soient versées à ceux qui y ont réellement droit.

Au-delà des chiffres, cette hausse des détections pose la question de la crédibilité du système social français. Face aux critiques récurrentes sur la gestion des aides, la CAF cherche à démontrer qu’elle agit avec rigueur. L’enjeu est autant budgétaire que symbolique : maintenir un modèle redistributif efficace tout en luttant activement contre les abus, sans pour autant pénaliser les allocataires de bonne foi.

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