Lors d’une récente intervention, la ministre des Comptes publics a pointé du doigt la fréquence des arrêts maladie en France, qu’elle juge bien plus élevée qu’en Allemagne. Cette affirmation, largement reprise, s’appuie sur des données incomplètes et nécessite une analyse plus nuancée. Les écarts entre les deux pays existent, mais ils varient selon les indicateurs pris en compte et les spécificités des systèmes de santé et de travail.
Amélie de Montchalin s’est appuyée sur une étude du cabinet Rexecode, évoquant une différence notable dans la durée des arrêts maladie. En 2023, selon cette source, les salariés français auraient été absents en moyenne près de deux semaines par an pour maladie, contre un peu plus d’une semaine et demie pour les Allemands. Toutefois, cette étude ne prend en compte que les arrêts d’au moins une semaine, excluant ainsi les absences de courte durée.
Selon Franceinfo, ces exclusions biaisent fortement la comparaison. En effet, selon les statistiques officielles allemandes, la durée moyenne d’absence pour maladie s’élève à plus de 15 jours par salarié en 2023, contre 12 jours pour les agents publics français et un peu plus de 10 jours pour les salariés du privé, selon un rapport du ministère de la Fonction publique.
Des systèmes très différents
Comparer les deux pays sans considérer leurs différences structurelles conduit à des conclusions hâtives. En Allemagne, il n’existe pas de jour de carence : l’indemnisation débute dès le premier jour d’arrêt, financée par l’employeur pendant six semaines, puis par l’assurance maladie. En France, les modalités d’indemnisation sont différentes selon les secteurs, avec un ou plusieurs jours de carence, ce qui peut limiter le recours aux arrêts courts.
Les arrêts maladie en hausse dans les deux pays
Si les volumes d’arrêts diffèrent selon les méthodologies, la tendance à la hausse est commune. Depuis 2019, la France enregistre une augmentation moyenne annuelle de 4 % du nombre d’arrêts, selon l’Assurance maladie et la Drees. Cette dynamique s’observe aussi en Allemagne. Le vieillissement de la population, l’exposition à des pénibilités physiques, ainsi que les contraintes psychosociales sont souvent évoqués pour expliquer cette évolution.
Les arrêts longue durée, bien que représentant seulement 7 % du total, concentrent près de la moitié des dépenses liées aux indemnités journalières, un point commun aux deux pays. Dans ce contexte, les comparaisons internationales doivent être maniées avec précaution. Les réalités sociales, les droits des salariés et les systèmes de santé influencent largement les comportements en matière d’arrêt de travail.








